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Harry Gruyaert

HARRY GRUYAERT

Né en 1941, Harry Gruyaert à étudié la photographie et le cinéma. Il réalise plusieurs films pour la télévision belge avant de se lancer dans la photographie couleur. Un pays qu’il quitte au début des années 60 pour s’installer à Paris. Il fait de la capitale française son point de départ pour Les Etats-Unis, l’Inde, l’Egypte, le Japon et le Maroc, des pays où il a particulièrement voyagé. En 1982, il entre à l’agence Magnum. Ses photographies particulièrement reconnues pour ses couleurs, ses lumières et ses ambiances font l’objet de nombreuses expositions à travers le monde et d’ouvrages, tels que TV Shots, Made in Belgium, Roots, Rivages et Maroc. A l’occasion de l’édition des Rencontres Photographiques d’Arles 2017, il sort son nouveau livre East West paru aux Editions Textuel.

Ce livre est né de deux commandes différentes réalisées dans les années 80. Géo Allemagne avait lancé une édition américaine pour concurrencer National Geographic. J’avais alors proposé un sujet sur Las Vegas vu de jour. J’étais intéressé par la dureté de la lumière de la région. J’y resterai deux semaines mais malheureusement le sujet ne sera jamais publié car la version américaine de Géo s’arrêtera. C’est dommage car elle offrait une belle concurrence à National Geographic. De ce reportage, seulement quatre ou cinq images seront publiées dans divers magazines.

Puis en 1989, une commande culturelle avec dix autres photographes m’amène dans la ville de Moscou. J’étais accompagné de Koudelka dont c’était le premier voyage depuis la chute du rideau de fer. C’était une période intéressante. La population ne savait pas exactement quoi penser de cette nouvelle situation politique. Il était ouvert et discutait beaucoup. Pour un photographe, c’était aussi plus facile de travailler qu’aujourd’hui. La sécurité était moins présente.

East West me permet aujourd’hui de publier de nombreuses photos tirées de ces deux voyages. C’est intéressant de revenir sur ces archives et revoir ces photographies. Techniquement, la digitalisation des scans des kodachrome offre de plus grandes possibilités et permet d’obtenir de meilleurs tirages. A l’époque, il était par exemple difficile de déboucher les ombres.

Aujourd’hui c’est nettement plus facile. J’y passe aussi plus de temps car les moyens d’interprétation sont plus importants. Un fichier brut est souvent trop plat. Il est nécessaire de le travailler. L’avantage est aussi qu’un même fichier peut à la fois servir pour des tirages et la publication dans un livre.

Pour ce livre, j’ai travaillé avec Agnes Dahan avec laquelle j’ai déjà fait trois livres. Habituellement, je n’aime pas les photographies en double page lorsque la pliure coupe l’image en deux. Mais dans East West, l’épaisseur du livre étant moindre, les pages s’ouvrent bien et permet d’apprécier l’image sur deux pages. Concernant l’editing des photographies, j’ai tout d’abord effectué une première sélection.  Nous avons ensuite travaillé la chromie et les cadrages des photographies puis organisé la sélection final afin de retracer l’histoire de ces deux sujets.

C’est en Belgique que j’ai commencé à photographier en couleurs. J’ai eu une relation très compliquée avec la Belgique. Il n’y avait rien. Je l’ai quittée en 1962 pour m’installer à Paris. J’ai pris mes distances avec le pays mais je savais qu’il était visuellement intéressant. Je faisais régulièrement des allers et retours pour le photographier. Je travaillais en n&b car je le percevais de cette manière. Puis j’ai commencé à voir des couleurs qui m’intéressaient. Une forme de beauté dans la laideur. Puis en 1969, je découvre le pop art. Ce mouvement m’apprendra à regarder la vulgarité avec intérêt et humour. J’ai retrouvé ça en Belgique. J’ai alors commencé à travailler en couleurs et abandonné le noir et blanc. Ce travail fera l’objet d’un livre, Roots, difficilement trouvable aujourd’hui.

Je n’ai jamais aimé le concept de projet photographique. Je préfère me « jeter dans la nature » et me laisser attirer physiquement par les choses. Par exemple, je suis tombé amoureux du Maroc. J’y suis retourné le plus possible pour voyager, le découvrir. Il s’agissait d’une errance. J’ai ensuite construit un livre à partir de mes archives. J’ai aussi beaucoup photographié l’Egypte. Là aussi, il s’agissait d’abord d’une attirance pour ce pays, ses lumières, ses couleurs, ses gens.

Je ne me perçois pas comme un photographe humaniste. Je photographie les gens mais ils ne sont pas au premier plan de ma photographie. C’est un ensemble d’éléments. Une volonté presque philosophique où je mets sur le même plan les êtres humains, les animaux, les forces de la nature, les lumières … toute la puissance et la beauté de notre monde.

Signature EAST/WEST de Harry Gruyaert à la Librairie Artazart le 5 octobre 2017. Voir l’évènement / Infos


Jerome Lorieau / Kalel Koven / In Frame

Links: Harry Gruyaert – Magnum

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